Anne Rothschild

Publications


-  L’an prochain à Jérusalem, poèmes, Editions Eliane Vernay, Genève, 1979



- L’errance du Nom, poèmes, Editions Eliane Vernay, Genève, 1982

- Sept branches-Sept jours, poèmes, Prix M.P. Fouchet, Editions l’Age d’Homme, Lausanne, 1983

- L’eau du marbre, poèmes, Editions le Cormier, Bruxelles, 1987

-  Le passeur, poèmes, Editions Empreintes, Lausanne, 1990

-  Draperies de l’oubli, poèmes, Editions les Eperonniers, Bruxelles, 1990

-  Le buisson de feu, roman, Editions l’Age d’homme, Lausanne 1992

-  Les arbres voyageurs, poèmes, Editions Empreintes, Lausanne 1995

- Un châle brodé de larmes, roman, Editions Luce Wilquin, Belgique 2000



-  Palais du Désir, poèmes, Editions Empreintes, Lausanne 2004

-  Le rêve de la huppe, poème, illustrations Rachid Koraïchi, Editions Al Manar, Paris 2005

-  Tout commence la nuit, poème, illustrations Rachid Koraïchi,Editions Al Manar, Paris, 2008
Errants promis au désastre Avec ce long poème, l’écrivaine et plasticienne belgo-suisse Anne Rothschild poursuit sa confrontation au conflit israélo-palestinien, qu’elle interrogeait déjà dans son recueil précédent, en collaboration avec le même peintre algérien Rachid Koraïchi. Dans Le rêve de la huppe (Al Manar, 2005), la poétesse faisait dialoguer les voix de la huppe, messagère de l’invisible pour les mystiques musulmans, de la Sulamite, de l’amant et du choeur des filles de Jérusalem pour donner à entendre un espoir — fût-il fragile — de réconciliation. Un espoir que l’histoire a tôt fait de démentir : dès juillet 2006 éclate le conflit israélo-libanais et « la huppe avale son rêve ».

Ce deuxième recueil fait donc tragiquement suite au premier pour faire entendre, à travers une polyphonie énonciative plus indistincte, le chant de désespoir et d’impuissance des femmes, dont la fécondité semble vouée à l’affrontement. Est alors invoquée l’unité spirituelle des trois religions abrahamiques face à leurs promesses non tenues : « Bien que nos livres aient puisé à la même outre / vous vous êtes dressés contre la maison qui vous a chassés / au nom d’un même père / nous avons rasé vos murs et vos enfants lapident nos fils. »

Un chant plus que pessimiste donc. Pourtant, « Tout commence la nuit » : ce très beau titre résume magnifiquement la tension originelle de l’obscurité et de la clarté à laquelle Anne Rothschild semble ici rapporter l’horreur du présent. Comme si, lasse de constater la contradiction entre les promesses en gestation et l’engrenage de la destruction, la poétesse interrogeait cette fois la faille au coeur du magma originel : « La lourde torsade de chair, de sang, et de sperme que déroule la nuit tourne et retourne dans l’ornière de sa cassure. » Cette tension poétique est finement rendue par l’alternance formelle de poèmes en prose et de poèmes en vers libres, alternance qui met en scène le dialogue entre la parole mythique des peuples fondateurs et l’histoire individuelle. Une grande force se dégage du foisonnement énonciatif du texte, qui culmine en un avertissement répété, aussi lucide qu’universel : « Nous sommes tous des errants promis au désastre. »

Pourtant, l’imminence de l’horreur coexiste toujours avec l’espoir. Peut-être parce que, si la violence est atavique, le tissage des générations, « que nous, femmes, aurons l’infinie patience de rapiécer fil à fil » est aussi appelé à garantir une mémoire salvatrice. Peut-être aussi parce que, au coeur des meurtrissures des peuples, des voix individuelles peuvent encore échanger leur intimité, « tendresse aussi frêle que buée sur les lèvres / genèse du souffle / mêlant salive et semence / concert de voix mouillées [...] le temps d’une respiration et je serai celle qui ouvre la voix de la paix ».

Que la gravité d’une telle thématique ne nous empêche pas d’évoquer la netteté toute tranchante de certaines images : « Des voies que nos rivages ont emportées / Traversent le monde d’un bout à l’autre / Comme des cris d’arbres qu’on abat », ainsi que le bel équilibre du texte et de l’image à travers les dessins, à la fois sobres et fourmillant de symboles, de Rachid Koraïchi. L’art ne peut sauver le monde, certes, mais il témoigne ici d’une collaboration réussie pour en questionner l’insensé.

Geneviève Hauzeur Le Carnet et les Instants n° 154